La semaine dernière, je participai à l’enseignement européen d’urologie à Prague, avec une trentaine de mes collègues enseignants, tous experts dans différentes thématiques allant de l’onco-urologie a l’urologie pédiatrique. Nous étions 5 femmes. Bien qu’encore sous-représentées dans une spécialité largement masculine, nous avons immortalisé l’instant par une photo. Car même si la profession se féminise (près de la moitié des participants cette année étaient des femmes), le plafond de verre existe bel et bien encore.
Cette photo m’a permis de m’interroger sur cette notion de « rôle-modèle » et de la posture qu’elle implique pour les femmes. Je n’ai jamais vraiment aimé ce terme de « rôle-modèle » qui place les femmes qui ont réussi professionnellement sur un piédestal souvent perçu comme inaccessible pour les plus jeunes générations. Je lui préfère largement, et plus humblement, le terme d’ « exemple ».
Un modèle se doit d’être parfait. Puisque c’est celui (ou celle) qu’il faut suivre. A l’inverse, un exemple peut être bon ou mauvais, selon le jugement de chacun.
Pour certains, ces femmes, un peu trop visibles, dérangent un système patriarcal qui leur convenait bien jusque-là. Pour certains et certaines, car la sororité est rarement acquise de principe… Une femme ayant réussi une belle carrière professionnelle aura forcément sacrifié sa vie personnelle (et d’ailleurs, n’avons-nous pas fait le choix de laisser nos familles pendant 5 jours consécutifs, livrant nos enfants à la pertinence de leurs pères, en acceptant d’intégrer ce panel européen ?). Une femme qui a confiance en elle sera perçue comme arrogante, une femme assertive sera considérée comme agressive.
L’idée n’est pas de plaire à tous, et d’être le modèle « idéal » de la femme parfaite sur tous les fronts, au travail comme à la maison, avec les patients comme dans les congrès, toujours avec le sourire. Sheryl Sandberg le disait si bien il y a 10 ans déjà : La perfection reste l’ennemi des femmes.
L’idée est davantage d’être là, simplement, avec ses forces mais aussi ses faiblesses, ses imperfections et ses doutes, pour que chacun puisse s’identifier (ou non) à cet exemple, qu’il soit bon ou mauvais, en toute authenticité. Être là, c’est déjà faire le job. Sans chercher à le faire mieux que les autres, car les femmes ne devraient pas avoir besoin d’être meilleures que leurs collègues masculins pour être enfin considérées. Être égale devrait suffire.
Je crois que sur cette photo de 5 femmes expertes chacune dans leur domaine, on voit cette humilité, cette acceptation de soi comme un refus de la perfection imposée par la société. Un peu de gêne peut-être aussi de demander à l’un de nos collègues de prendre ce cliché et d’immortaliser ainsi le moment, comme si se regrouper entre femmes était un peu répréhensible, et surtout parce que la sororité n’est pas innée. De la fierté enfin. La fierté d’être là, juste là, et de faire ainsi le job pour les générations futures.
Just do it.
