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Le sport : un tremplin vers la réussite professionnelle des femmes

D’après une récente étude nationale, une fille sur deux arrêtent le sport à l’adolescence.

Les raisons en sont multiples, dans une période critique de transformations corporelles. La peur du jugement, la gestion des menstruations dans le contexte sportif, le manque d’infrastructures adaptées aux jeunes filles (des vestiaires mixtes dans certains gymnases, comme dans certains blocs opératoires, il y a encore quelques années), peuvent bien sûr être incriminés. Mais au-delà de ces éléments visibles, reste la face cachée de l’iceberg. Le rôle des normes de genre et stéréotypes culturels est à son apogée durant cette période pubertaire créant un conflit identitaire chez les jeunes femmes devant à la fois assumer leur statut de genre (devenir une femme) et leur statut de pairs (être considérée comme une sportive au même titre que les garçons). La perception qu’elles ont de leur compétence sportive peut également être altérée, justifiant un renforcement positif plus important. Par ailleurs, la pression parentale quant à la nécessité de gérer de front les études et le sport semble plus importante pour les filles que pour les garçons. Enfin, le manque de rôle modèles féminins, notamment dans les figures de l’entraîneur ou du directeur sportif, limite les possibilités d’identification. Même dans des sports très féminisés comme la gymnastique, les directions de fédération sont souvent masculines, ce qui souligne à nouveau les difficultés d’accès aux postes à responsabilité dans toutes les sphères professionnelles.

N’oublions pas que le sport n’a pas toujours été accessible aux femmes. En 1967, Kathrine Switzer est la première féminine à terminer officiellement le Marathon de Boston (en 4h20), malgré les protestations des organisateurs, puisqu’à l’époque les femmes n’ont toujours pas le droit de courir en compétition internationale sur des distances supérieures à 800 m (photo). Il faudra attendre 1981 pour que les Jeux Olympiques adoptent le marathon féminin. Aujourd’hui encore, le combiné nordique reste la seule épreuve exclusivement masculine aux Jeux.

 

Au-delà de l’enjeu de santé publique, dans la mesure où cet abandon précoce prive les adolescentes des bénéfices physiques et psychologiques associés à une activité physique régulière, l’impact pourrait également être collectif et sociétal, le sport pouvant favoriser l’émergence de leaders féminins. En effet, la pratique sportive durant l’enfance représente un véritable laboratoire de développement des compétences transversales, ou soft-skills, qui pourront secondairement être déployées dans le milieu professionnel. Certaines études suggèrent en effet que les anciens athlètes scolaires manifestent des niveaux supérieurs de leadership, de confiance en soi et d’estime de soi comparativement à leurs pairs non-sportifs, ces différences persistant plusieurs décennies après la fin de leur pratique sportive. La nécessaire gestion du temps, afin de concilier les études et le sport de haut niveau, développent également les capacités organisationnelles et de priorisation. Enfin, la participation soutenue à des activités sportives organisées pendant au moins trois années durant la jeunesse est associée à une réduction significative du stress professionnel chronique à l’âge adulte [1]. Cette association était en partie médiée par le développement d’un leadership de type A, qui excelle dans des environnements nécessitant une prise de décision rapide dans des situations à haute pression, comme dans certaines spécialités médicales (chirurgie, médecine d’urgence, réanimation).

Dans de récentes études menées par Deloitte et EY, leaders mondiaux de l’audit, 94% des femmes occupant des postes de direction avaient pratiqué un sport durant leur jeunesse, dont 52% en compétition universitaire. Kirsty Coventry, nageuse zimbabwéenne septuple médaillée olympique, incarne parfaitement cette transition réussie : après une carrière sportive exceptionnelle, elle a occupé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports entre 2018 et 2025 au Zimbabwe, avant d’accéder à la présidence du Comité International Olympique en juin 2025. Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne et ancienne directrice générale du Fonds Monétaire International, a pratiqué la natation synchronisée et a été vice-championne de France. Indra Nooyi, qui a dirigé PepsiCo pendant douze années, attribue une partie de son succès à sa pratique du cricket durant son adolescence en Inde.

Les études démontrent que les anciennes athlètes universitaires présentent des scores supérieurs en intelligence émotionnelle et en mentorat, le sport contribuant à développer plusieurs soft skills et compétences transférables à la carrière professionnelle, comme la résilience, la discipline, l’adaptabilité et la capacité à performer sous pression (gestion du stress). Apprendre à gérer l’échec autant que la victoire, savoir recevoir et intégrer des feedbacks constructifs, garder sa motivation et maintenir sa performance sur le long terme (résilience émotionnelle) sont autant de valeurs qui peuvent s’avérer cruciales dans les environnements professionnels exigeants où l’adaptation stratégique en temps réel nécessite des profils agiles, comme dans le milieu médical par exemple.

De manière intéressante, si la pratique de sports individuels prédit plus fortement la propension entrepreneuriale à l’âge adulte, soulignant l’importance de l’autodiscipline et de la responsabilité personnelle, les sports collectifs offrent un microcosme où les jeunes femmes apprennent à naviguer dans des structures hiérarchiques, à négocier des rôles, à gérer des conflits interpersonnels et à subordonner leurs ambitions individuelles aux objectifs collectifs, autant de compétences directement transférables aux environnements professionnels actuels. Notamment sur la gestion d’une équipe aux profils diversifiés, où chacun doit connaître son rôle et comprendre l’objectif commun, et où chaque petite victoire est célébrée pour maintenir la dynamique et la motivation. C’est cette compréhension intuitive de la dynamique collective et des rôles complémentaires qui favorise le travail en équipe. Cette dimension est fondamentale au bloc opératoire, par exemple, où la complémentarité de chacun (chirurgien, anesthésiste, IBODE,…) est mise au service du patient.

Au final, les compétences acquises par la pratique sportive forgent des leaders adaptables et résilients. Cette réalité devrait inciter les décideurs politiques, les éducateurs et les parents à garantir un accès équitable des jeunes filles aux activités sportifs, non seulement pour les bénéfices immédiats en termes de santé physique et de bien-être psychologique, mais également comme stratégie à long terme de promotion de l’égalité professionnelle et du leadership féminin dans tous les domaines de la société, y compris dans le domaine de la santé.

[1] Yang X, Telama R, Hirvensalo M, et al. Sustained involvement in youth sports activities predicts reduced chronic job strain in early midlife. J Occup Environ Med 2010;52(12):1154-9.

 

Dr Geraldine Pignot

Chirurgienne Urologue à l'Institut Paoli-Calmettes à Marseille, le Dr Géraldine Pignot est très investie dans la prise en charge des cancers génito-urinaires, et notamment dans l'optimisation des parcours de soins pour les cancers de mauvais pronostic. Membre du conseil d'administration de l'Association Française d'Urologie (AFU), et membre du Comité de Pilotage du GETUG, elle est aussi co-fondatrice et présidente d'honneur de l'association Donner des Elles à la Santé qui promeut l'égalité professionnelle dans le milieu de la santé.

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